Samedi 18 février 2006
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Lorsque le bonheur arrive à refaire le chemin de retour, vers la vacance du blanc immaculé, lorsqu’il tremble dans le creux de la paume: le bonheur inconsolé est semblable à une torche – guide dans la traversée de l’horizon de la nuit, commencement et fin du voyage. «Qui reste derrière soi quand le chemin bascule?» Cette question porte l’écho de la syllabe initiale, de la «douleur d’être soi». La poésie de Libert dit qu’il suffit que l’obscur se reflète de l’intérieur pour que la lumière soit, pour faire place à la transfiguration; c’est d’un pèlerinage dont il s’agit là, des manières d’apprendre la leçon de la nuit et de la mort.
Dans un certain sens, le bonheur inconsolé est une articulation du mouvement du solaire vers le sombre, vers l’endroit où «la lumière s’affaisse» et le «bonheur lèche ses plaies». Une écriture déambulatoire, dans le même temps, car le mouvement se répète et organise l’intérieur du texte. C’est une nouvelle forme d’énonciation du principe du movere, qui, en lui-même, dit la dynamique, écoulement ou enchaînement, du mot écrit. Le poème devient ainsi un espace qui se laisse parcourir, qui véhicule une voix, est poiesis, l’acte même de l’écriture, genèse et ontogenèse de la connaissance.
Mais il arrive que, dans cet espace, le moi soit incertain, hésitant dans sa propre diction, car il ne se fixe pas dans une seule forme, mais il est destiné aux emprunts, éruptions, errements en tous genres: «pourtant quelqu’un / à l’intérieur de nous / frappe à la porte». Que disent ces métamorphoses sinon le chemin intérieur, un temps de «fureurs et de murmures», lorsque «le noir nous rétrécit»? Quelque chose palpite ici, nous regarde et échappe au regard, au même instant; quelque chose qui s’ajoute, s’étend, se renverse sur les habits du monde, laissant s’entrevoir les signes d’une altérité radicale – un corps étranger, une intrusion, un point de faiblesse, qui fait place à la dislocation, à la terre «épelée aux vents des alphabets». Ceci est le lieu de l’écriture; et Libert le ressent comme un sentier vers l’inconnu, qui se glisse entre les pages, jaillit lorsque l’on ne s’y attend plus.
Dans un certain sens, le bonheur inconsolé est une articulation du mouvement du solaire vers le sombre, vers l’endroit où «la lumière s’affaisse» et le «bonheur lèche ses plaies». Une écriture déambulatoire, dans le même temps, car le mouvement se répète et organise l’intérieur du texte. C’est une nouvelle forme d’énonciation du principe du movere, qui, en lui-même, dit la dynamique, écoulement ou enchaînement, du mot écrit. Le poème devient ainsi un espace qui se laisse parcourir, qui véhicule une voix, est poiesis, l’acte même de l’écriture, genèse et ontogenèse de la connaissance.
Mais il arrive que, dans cet espace, le moi soit incertain, hésitant dans sa propre diction, car il ne se fixe pas dans une seule forme, mais il est destiné aux emprunts, éruptions, errements en tous genres: «pourtant quelqu’un / à l’intérieur de nous / frappe à la porte». Que disent ces métamorphoses sinon le chemin intérieur, un temps de «fureurs et de murmures», lorsque «le noir nous rétrécit»? Quelque chose palpite ici, nous regarde et échappe au regard, au même instant; quelque chose qui s’ajoute, s’étend, se renverse sur les habits du monde, laissant s’entrevoir les signes d’une altérité radicale – un corps étranger, une intrusion, un point de faiblesse, qui fait place à la dislocation, à la terre «épelée aux vents des alphabets». Ceci est le lieu de l’écriture; et Libert le ressent comme un sentier vers l’inconnu, qui se glisse entre les pages, jaillit lorsque l’on ne s’y attend plus.